LE CHARPENTIER
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CHARPENTES dans le Nord au XIXè siècle
  Le bois le plus courant, sinon le moins cher, était l'orme dont nos régions étaient plantées en abondance partout. Depuis quelques années il dépérit à la suite d'une maladie. L'orme avait l'avantage de sécher rapidement. Il permettait, jeune encore, de lui donner une courbure sur pied pendant sa croissance, selon un angle d'environ 140°. C'était le profit de la base des arbalétriers, qui donnait la pente des toits. Ce coude lui permettait de reposer à la verticale sur la sablière des murs. L'orme était un bois facile à travailler, ferme, résistant à la flexion et à la charge, se comportant comme le chêne en milieu aqueux. On a retrouvé des drains de plusieurs siècles forés dans des troncs d'orme, ainsi que des pilotis. On l'employait aussi en batellerie et en pieux de travaux portuaires. L'ameublement rustique l'a employé largement à cause de son prix abordable comparé à celui du chêne. Ses larges veines étaient décoratives, mais on n'en obtenait pas un poli ciré comme avec le merisier et le chêne. Il a servi à la fabrication des grosses boules et des quilles artésiennes et flamandes. Il n'éclate pas facilement sous les chocs et ne se fend pas.
Le sapin était employé grâce à sa rectitude pour les chevrons, en tronc écorcé et à peine équarri, sur de grandes longueurs.
Son inconvénient est d'être attaqué par les vers.
  Le tronc d'arbre en grume était débité en forêt par les scieurs de long en poutres et planches, avant la mécanisation des scieries qui ont relayé les moulins à eau actionnant les scies depuis le Moyen-Age. Le sciage à la main était payé au mètre carré de trait de scie; celui du chêne et autres bois durs étant plus cher.
L'entrepreneur était tenu de fournir le bois aux dimensions indiquées par le maître d'oeuvre. L'arbre était abattu en automne deux ans au moins avant son emploi. Il devait être "de fil" non tranché. Dans les bâtiments militaires les travaux de charpente étaient exécutés en chêne, sapin rouge de Riga, orme et bois blancs, sans aubier ni noeuds vicieux. La charpente comprenait l'ordinaire qui exigeait des bois de 0,16 x 0,16 m d'équarrissage sur des petites longueurs, et de 0,17 à 0,30 m d'équarrissage jusqu'à 8,50 m de longueur.
La charpente dite "de sujétion" comprenait les bois au dessus de 8,50 m de longueur et ceux d'un plus fort équarrissage ayant plus de 4 mètres de longueur. On distinguait encore la charpente faite sans assemblage et celle faite avec assemblage, la plus employée, plus résistante. Enfin il y avait celle pour marches et limons d'escaliers, affaire de spécialistes. Tous les bois étaient à vive arête sans aucun démaigrissement, proprement et solidement assemblés à tenons et mortaises, embrèvement; doubles tenons et mortaises, ou par entailles avec renfort et embrèvement à queue d'aronde. La mortaise devait avoir en largeur le tiers de l'épaisseur du bois.
 
   
  Les pièces de bois scellées ou encastrées dans les murs étaient goudronnées et entourées d'ardoises, payées à part. Quand l'entrepreneur se contentait de les entourer d'argile, c'était à ses frais.
Les bois d'oeuvre étaient payés au mètre cube selon leur espèce et rendus à pied d'oeuvre par l'entrepreneur. Les clous, broches, et boulons étaient payés au kilo.
L'entrepreneur devait disposer constamment d'un approvisionnement de bois de toutes grosseurs et longueurs d'au moins dix mètres cubes. Les bois entrant en terre étaient brûlés par le pied pour leur plus grande dureté. Il se formait ainsi de la créosote protectrice. Sinon on en goudronnait les pointes.
Quand l'écart entre deux murs goutteraux dépassait en longueur celle des bois disponibles, le charpentier avait recours à diverses entures ou raccords, parmi lesquels :
1) à mi bois avec coupe d'équerre et boulons de serrage peu usitée car elle ne garantissait pas le fléchissement.
2) l'enture "en trait de Jupiter" oblique avec serrage par une clef, ou avec un boulon. Ordinairement employée elle était indéformable, et pouvait doubler la longueur des bois.
Les assemblages des poutres entre elles se faisaient à tenon et mortaise, complétés par une cheville qui maintenait en place les deux pièces, mais n'était en aucun cas un moyen de résistance. Mortaise et tenon pouvaient être jumelés et réunis par une même cheville.
L'écartement des murs goutte-raux était maintenu par des ancres de fer (ou de bois) dont la tige clouée dans la poutre traversait le mur et recevait dans un oeilleton une clavette ou clef en fer forgé, qui pouvait avoir un décor de volutes, ou des chiffres. L'assemblage d'un poinçon vertical sur l'entrait horizontal, que l'on nommait suspendu, était renforcé par une clef ou par un étrier en fer boulonné. L'assemblage à queue d'aronde était rare en charpente, fréquent en menuiserie, en solivage sur poutre de plancher.
 
  L'assemblage à embrèvement ou épaulement, se faisait quand la pièce soumise à compression, comme un arbalétrier supportant la charge des pannes, chevrons, couverture, risquait de glisser. Il pouvait être simple sans tenon, s'il n 'y avait pas risque de déplacement. Le plus courant était à tenon, mortaise et cheville. La charpente assemblée au sol par fermes, soit dit le triangle des deux arbalétriers réunis par un entrait et un poinçon, était levée sur les murs à l'aide d'un palan actionné à la main, bien avant les grues mécaniques. Sur les grands chantiers on trouvait des monte-charge ac-tionnés par des roues à échelons que des manoeuvres faisaient tourner. On réunissait les fermes entre elles avec la poutre de faîtage et une ou deux pannes selon la hauteur du versant. Les pannes étaient soutenues par des tasseaux triangulaires, les échantignoles, embrévées et che-villées sur l'arbalétrier.    
 

Cet ensemble supportait les chevrons par chevillage, avec des écartements de 0,30 m à 0,60 m, selon le matériau de couverture, tuile, ardoise pesant plus lourd que les bardeaux de bois ou le chaume. Les pieds des chevrons posaient sur la sablière du mur, maintenus par une cheville. La stabilité latérale des longues charpentes entre les pignons maçonnés ou à pans de bois, était assurée par quatre contre-fiches ou aisseliers s'appuyant à chaque poinçon d'une ferme, deux soulageant les arbalétriers, les deux autres, dits liens, soutenant le faîtage.
Au cas où le toit débordait à l'égout les murs par un auvent suspendu, les chevrons étaient prolongés, avec un faible angle de redressement, par ces coyaux ; ce qui permettait aux eaux de pluie d'être projetées loin des murs, dans le cas où il n 'y avait pas de gouttière.
Sur les chevrons étaient clouées les lattes à pannes en coeur de chêne; puis en sapin moins cher mais plus fragile et moins durable. Elles avaient un écart requis par la taille des tuiles qui s 'y accrochaient par leur tenon et un clou. La hauteur de recouvrement des tuiles laissant apparaître "le pureau", parfois vernissé, était soit d'un ou deux tiers pour les tuile aux plats, soit de 0,05 m pour la tuile flamande et la mécanique. Le tuileau de grand moule pesait deux tonnes le mille, celui de pe-tit moule 1.322 kg. Les tuiles flamandes pesaient en général 1.530 kg le mille.


 
    Le faîtage était fait de tuiles demi cylindriques dites faîtières, posées à cheval sur la panne faîtière et scellées au mortier à joints vifs sans recouvrement. On les lestait de briques collées au mortier, ce qui assurait leur équilibre et leur bonne résistance aux vents. Parmi les tuiles flamandes on trouvait les "droitières et les gauchères" selon la disposition de leur bourrelet de recouvrement latéral opposé aux vents dominants. On disposait deci-delà sur le versant le plus exposé des tuiles chatières pour l'aération des combles. Elles étaient percées d'un trou rond protégé par une demie poterie à cul rond soudée avant la cuis-son, à la barbotine. La protection des joints entre les tuiles et les conduits de cheminée ou les murs pignons, était assurée par un solin de mortier gras repressé. A l'intérieur des combles, on assurait l'étanchéité en maçonnant les joints des tuiles au torchis.


 


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