LA SOIE ET LES CANUTS - La révolte de novembre 1831
 
Les prémices du conflit
Dès 1827, la concurrence internationale et la transformation de l'économie locale entraînent un appauvrissement général de la population. Le salaire des canuts tombe à dix-huit sous pour quinze heures de travail journalier. A cela s'ajoute la cherté du coût de la vie à Lyon en cette année 1831: produits alimentaires, loyers, impôts venant d'être augmentés...

Traditionnellement très au fait de l'organisation de leurs droits, solidaires dans l'âme, que ce soit face aux aléas de la conjoncture ou face aux fabricants, les chefs d'atelier avaient déjà obtenu un tarif minimum en 1811 et un autre en 1826, et ils disposaient déjà de leur propre société de secours, le "Devoir Mutuel", tandis que les compagnons jetaient les premières bases de leur société des "Ferrandiniers". Cet esprit corporatiste affirmé allait jouer un rôle majeur dans le déclenchement et les suites du conflit qui allait survenir.

 
Le conflit et les combats
Le 18 octobre 1831, les chefs d'atelier des soieries demandent au préfet du Rhône, Bouvier-Dumolart, de réinstaurer un tarif minimum. Le 25, six mille canuts, chefs d'atelier et compagnons-ouvriers, manifestent pour soutenir leur revendication. Le Préfet accepte aussitôt et un Conseil des Prud'hommes est chargé d'en surveiller l'application.

Le 10 novembre pourtant, 104 fabricants, tenant cet accord pour démagogique, refusent de s'y plier et d'appliquer le tarif, le déclarant exorbitant et susceptible d'entraver la loi des marchés.

Le 20 novembre, les canuts se réunissent et votent la grève générale: le 21 novembre, des groupes armés marchent vers le centre ville de Lyon, obligeant ceux qui travaillent encore à arrêter leurs métiers à tisser, bousculant la garde nationale, et dressant des barricades, drapeau noir en tête. Sur ce drapeau sont brodés les mots qui resteront leur devise:

drapeau noir
d'après "Le Peuple Français"
"Vivre en travaillant ou mourir en combattant"
 
Une première échauffourée avec la troupe tourne à l'avantage des canuts. La garde nationale, qui compte dans ses rangs un certain nombre de chefs d'atelier, passe du côté des émeutiers. Au soir du 22 novembre, après un bilan de 150 tués et 500 blessés mais deux jours seulement après le début du soulèvement, l'insurrection est maîtresse de la Croix rousse et de la Guillotière.

Un gouvernement provisoire voit le jour deux jours plus tard; mais, faute d'un véritable programme et face à une victoire aussi rapide que surprenante, aucune mesure concrète n'est alors prise. Sans directives politiques, sans chefs, abandonnés à eux-mêmes, les canuts abdiquent leur pouvoir entre les mains de l'autorité.

 
La réaction du Pouvoir
Soult
Le Maréchal Soult
A Paris, Casimir-Périer déclare que "cette révolte menace la liberté économique" et que "la société ne se laissera[it] pas menacer impunément.".

Craignant une "contagion" de l'esprit de révolte lyonnais, il constitue une armée, et la place sous le commandement conjoint du fils aîné du roi Louis-Philippe, le duc d'Orléans, et du maréchal Soult.

Les soldats pénètrent à Lyon le 5 décembre, avec 20 000 hommes, sans rencontrer de résistance; la population est désarmée, la garde nationale licenciée, le Préfet -jugé trop conciliant- révoqué tandis que les mesures sociales, dont le fameux Tarif du 25 octobre, sont abrogées.
Seuls les meneurs sont poursuivis (90 ouvriers arrêtés, 11 poursuivis, qui seront grâciés au procès de Riom en juin 1832), mais, par précaution, un fort est construit en lisière de la Croix-Rousse, pour isoler ce quartier de la ville.

Rien n'a vraiment changé pour les canuts, puisque le Tarif a été abrogé, mais une forte conscience de classe est née qui resurgira quelques années plus tard, bien que dans un contexte économique et politique différent.
SUITE...


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